jeunes seniors

Les jeunes seniors (55 – 75 ans) devraient être plus de 20 millions en France d’ici 2030, contre 15 millions actuellement. Cet essor démographique s’accompagne d’une transformation des mentalités. Les jeunes seniors d’aujourd’hui sont les soixante-huitards d’hier. Ils ont des envies nouvelles et des comportements différents de ceux de leurs aînés. Pour les marques, il devient essentiel de s’intéresser à ce public afin de tirer parti des nouvelles opportunités économiques qu’il apporte. Quel que soit leur secteur d’activité, les entreprises doivent exploiter l’attractivité de cette clientèle au pouvoir d’achat conséquent et en bonne forme physique. Encore faut-il savoir comment l’aborder…

Investir le bien-vieillir et casser les codes traditionnels du vieillissement

En cherchant à réinventer la vieillesse, les jeunes seniors transforment leur manière d’aborder des segments traditionnels de la consommation, comme le textile. Dans le même temps, ils imposent également leur présence dans des domaines récents, apparus ces dernières années, tels que le commerce électronique, l’économie collaborative ou l’économie sociale et solidaire. Face à ce public et à ses nouvelles envies et attentes, les acteurs de tous ces secteurs sont sommés d’adapter leurs offres s’ils ne veulent pas passer à côté de cette cible.

L’exemple de l’économie collaborative chez les jeunes seniors : un marché amené à se développer

En Europe, les jeunes seniors français apparaissent comme les plus ouverts à une économie collaborative, partagée, « ubérisée », selon l’Observatoire Cetelem de la consommation. Ils sont 76 % à avoir une image positive ou très positive des services de consommation collaborative et de partage. Si cette tranche d’âge privilégie toujours la possession pour bénéficier d’un plus grand confort d’usage, elle n’est pas fermée à la location et au partage sur certains segments. Ainsi, le covoiturage ou le partage de matériel de bricolage s’avèrent être des pratiques à creuser chez les seniors.
Le partage d’appartements semble moins porteur au sein de cette population. Toutefois, cela  n’empêche pas un acteur comme Airbnb d’observer une hausse du nombre d’hôtes de plus de 50 ans sur sa plateforme.
Cet élan vers le collaboratif peut s’expliquer par la volonté des seniors de créer du lien communautaire et de rester en contact avec les autres générations. Intégrer une plateforme collaborative leur offre également la possibilité de rester actifs, tout en générant un revenu supplémentaire. Contrairement aux autres segments de grande consommation où ils se considèrent parfois stigmatisés, ils peuvent ici se sentir valorisés, tant par la transmission de leur expérience et savoir-faire que pour les bénéfices, humains et financiers, qu’ils en dégagent.

Certaines plateformes prennent de l’ampleur

De nouvelles entreprises font émerger des solutions spécifiquement destinées aux jeunes seniors. En voici quelques exemples :

  • Lancé en 2016, Les Talents d’Alphonse propose aux retraités de partager leur savoir-faire dans de nombreux domaines avec les jeunes générations. Chaque senior est payé 15 euros par heure de cours, 10 euros par heure de garde d’enfants, montants sur lesquels l’entreprise récupère une commission pour se rémunérer. “Notre idée est d’amener ce lien intergénérationnel en France et de faire en sorte que les jeunes retraités maintiennent des relations sociales”, explique Barthélémy Gas, le cofondateur du site. Soutenue par le groupe d’assurance Maif qui l’accueille dans son espace dédié aux start-up, la jeune pousse ambitionne de grandir en densifiant son réseau et le nombre de villes desservies.
  • Le site Seniors à votre service, également basé sur le partage du savoir-faire des seniors, a une orientation financière plus assumée. Il se revendique en effet comme un site de petites annonces pour les plus de 55 ans. Entre 2012 et 2016, le nombre de candidats inscrits sur cette plateforme a triplé pour atteindre 174 000 membres. Particuliers et professionnels y  trouvent des annonces diverses (bricolage, jardinage, ménage, garde d’enfants, promenade d’animaux, cuisine, lecture…). L’entreprise a basé son business model sur un système d’abonnement. Ce fonctionnement permet à l’entreprise de “très bien se porter financièrement”, selon Valérie Gruau, fondatrice du site.
  • La société Rézo-Pouce, spécialisée dans le covoiturage du quotidien, a déployé durant l’été 2019 un nouveau service sur le plateau picard, Rézo Seniors. Celui-ci a été pensé pour aider les retraités isolés dans les territoires ruraux à continuer à mener une vie active. Les conducteurs  volontaires pour tester le système sont alertés à chaque nouvelle demande de déplacement effectuée par un senior, et peuvent ou non accepter la requête, contre rémunération. Rézo-Pouce a prévu de tester son nouveau dispositif  jusqu’à la fin de l’année 2019 sur le territoire picard, puis de l’étendre à d’autres zones où son service principal est déjà utilisé.

Les plus de 60 ans “sont la catégorie d’utilisateurs qui connaît la croissance la plus rapide parmi les adeptes du covoiturage”
France Info, 2018

  • La hausse du nombre de divorces et la démocratisation des outils numériques chez les jeunes seniors participent aussi à l’essor du marché des sites de rencontre pour jeunes seniors. 9 millions de seniors français seraient célibataires. Au fil des années, le secteur a vu son offre se multiplier et la segmentation s’étoffer. Sites gratuits ou payants, orientés vers le haut de  gamme comme Elite Rencontre Senior, dédiés aux personnes homosexuelles tels SeniorTolerant, le marché grossit et a fini par attirer de grands noms du domaine : le groupe français Meetic a lancé en 2017 sa déclinaison spéciale seniors Disons Demain. Deux ans après son ouverture, il comptait déjà un million d’inscrits. Les rencontres pour seniors deviennent également possibles via des applications mobiles dédiées. Le groupe britannique MagicLab, déjà propriétaire de l’application de rencontres Badoo, a dévoilé Lumen, consacrée aux plus de 50 ans, en 2018. Disponible dans six pays dont la France, elle recense déjà un million d’utilisateurs. Certains sites choisissent de présenter une application mobile en complément de leur version Web. C’est par exemple le cas de Nos Belles Années, présent en France et dépendant du groupe américain Spark Networks. Ces nouveaux outils permettent aux jeunes seniors d’adapter les codes traditionnels de l’amour et du couple à leurs nouveaux désirs, tout en restant en phase avec l’ère numérique et collaborative actuelle.

 

Samuel Arnaud

Cette étude a été réalisée par Samuel Arnaud, en collaboration avec Gaëlle Cocâtre
samuel.arnaud@indexpresse.fr

 

 

 

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